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23 octobre 2026Les obligations d’État françaises à dix ans rapportent presque 5 %, un niveau que la France n’avait plus connu depuis juin 2002. Logiquement, votre fonds en euros devrait suivre. Sauf que la hausse des taux ne se voit pas d’un coup sur votre contrat, et que tous les fonds ne partent pas avec les mêmes chances.
En 2025, les fonds en euros ont servi en moyenne 2,63 % nets de frais de gestion selon l’ACPR. Mais la moitié des assureurs se situent entre 2,3 % et 2,9 %, et les écarts se creusent déjà. Voici comment repérer ceux qui vont décoller plus vite.
Quels fonds en euros profiteront le plus vite : les 3 critères clés
Trois éléments font la différence : la collecte nette, la taille du fonds et l’ancienneté des obligations. Un fonds qui reçoit de l’argent frais, qui reste de taille modeste et qui détient surtout des obligations courtes se renouvelle plus vite. À l’inverse, un gros fonds en décollecte, chargé de titres longs, avancera à pas lents.
| Critère | Ce qui joue en faveur | Ce qui freine |
|---|---|---|
| Collecte nette | Rentrées d’argent qui servent à acheter des obligations récentes | Rachats massifs qui obligent à vendre d’anciennes obligations |
| Taille du fonds | Fonds de 2 à 5 milliards d’euros, plus faciles à piloter | Fonds de 40 milliards, des « paquebots » difficiles à manœuvrer |
| Ancienneté des obligations | Titres de courte durée, échéances fréquentes | Obligations longues héritées de la collecte de 2019 et 2020 |
La collecte nette, le carburant du fonds
En 2025, les fonds en euros ont collecté 9,1 milliards d’euros nets selon France Assureurs, pour un encours d’environ 1 400 milliards. Une collecte positive permet d’acheter des obligations récentes, donc mieux rémunérées. Elle évite aussi un piège : si les rachats dépassent les liquidités disponibles, l’assureur doit vendre des obligations anciennes, qui ont perdu de la valeur avec la hausse des taux. Cela fait apparaître des pertes.
La taille du fonds, une question de manœuvrabilité
Yves Conan, vice-président du courtier en ligne Linxea, compare les fonds de 40 milliards d’euros à de gros paquebots, « plus difficiles à manœuvrer ». Les fonds de deux à cinq milliards se pilotent plus facilement. Il cite le Fonds Euro Nouvelle Génération de Spirica (3,08 % en 2025) et Suravenir Opportunités 2, qui se renouvellent selon lui de 20 à 30 % par an.
Ce dynamisme a un revers : ces fonds ne garantissent que 97 % à 98 % du capital chaque année. La garantie en capital n’est donc plus totale, un point à regarder avant de signer.
L’ancienneté des obligations, le frein caché
Nicolas Thilliez, actuaire associé chez Galea, pose les bonnes questions : le fonds est-il en collecte nette positive, et porte-t-il plutôt des obligations longues ou courtes ? Ceux qui traînent encore des titres longs datant de 2019 et 2020 tireront moins bien leur épingle du jeu, prévient-il.
Pourquoi la hausse profite lentement : le renouvellement du portefeuille
Un fonds en euros est composé à 75 ou 80 % d’obligations, d’État ou d’entreprises, achetées puis conservées jusqu’à l’échéance dans leur très grande majorité. Ce sont des obligations à taux fixe : leur rendement comptable ne bouge pas, même quand les taux de marché grimpent. Il ne change qu’au moment où une obligation arrive à terme, quand l’assureur réinvestit l’argent remboursé à un taux bien plus élevé.
Prenons un fonds ancien dont le portefeuille rapporte 2 %, face à un marché à 5 %. L’écart est de 3 points. Selon Nicolas Thilliez, il faut cinq à six ans pour en combler la moitié, soit environ 1,5 point gagné, et dix ans pour renouveler entièrement le portefeuille. C’est une illustration, pas une promesse de rendement, mais elle montre l’inertie à l’œuvre.
Cette lenteur a déjà joué en votre faveur par le passé. Après des années de taux nuls, les fonds en euros ont servi 1,28 % en 2020 et 2021, puis encore 1,91 % en moyenne en 2022, grâce aux obligations plus anciennes. Aujourd’hui, le mécanisme s’inverse : « La hausse des taux profitera aux fonds en euros, mais lentement ».
Taux boostés : le prix caché de l’offre

Pour attirer la collecte, beaucoup d’assureurs lancent des offres de taux boostés. Le taux affiché fait rêver, mais il y a une condition dans la plupart des cas : placer une part en unités de compte. Vous prenez alors un risque à côté du fonds en euros, avec une possible perte en capital sur cette part.
Taux affiché, taux réellement servi : vérifiez la condition
Avant de vous laisser séduire, regardez à quel pourcentage d’unités de compte le bonus est réservé, et sur quelle part de votre versement il s’applique. Un taux boosté qui ne concerne qu’une fraction de votre épargne ne se compare pas à un taux de fonds classique.
Rendements 2025 : des écarts qui se creusent
La moyenne de 2,63 % masque des réalités très contrastées. La moitié des assureurs servent entre 2,3 % et 2,9 %, mais certains fonds récents dépassent 3 %. Une partie de cet écart tient aux réserves : la loi impose de redistribuer au moins 85 % des bénéfices financiers et 90 % des bénéfices techniques, mais l’assureur peut en mettre une partie de côté, dans la provision pour participation aux bénéfices, qu’il doit redistribuer sous huit ans.
« C’est vraiment le dirigeant qui décide », souligne Nicolas Thilliez. En début d’année, l’assureur regarde les taux annoncés par les premiers et ajuste selon son besoin de collecter. En 2025, le rendement moyen des fonds atteignait 3,1 % à 3,2 % brut de frais de gestion selon l’actuaire, alors que l’ACPR mesure un rendement de l’actif de 2,8 %. Les assureurs ont donc puisé dans leurs réserves, passées de 4,3 % à 4,0 % des encours en un an.
Pour les taux 2026, servis début 2027, l’actuaire anticipe encore une hausse, car « les clients ne comprendraient pas que les taux baissent » et les assureurs veulent éviter la décollecte. Yves Conan table sur des taux autour de 3,2 ou 3,3 % nets.
Comment vérifier le portefeuille de votre fonds en euros

Le document à réclamer s’appelle le rapport de gestion. Vous l’obtenez auprès de votre assureur ou de votre distributeur. Il vous aide à juger la composition du fonds, la durée de ses obligations et la tendance de sa collecte.
Si votre fonds reste peu rémunérateur, vous pouvez en changer. Sur un contrat de plus de huit ans, il est même possible de limiter la fiscalité grâce à l’abattement annuel, comme l’explique Yves Conan : on fait un rachat partiel net de fiscalité, puis on reverse sur un contrat nouvelle génération.
Exemple : 15 333 € rachetés pour 4 600 € de gains
Un célibataire détient 100 000 € sur un contrat de plus de huit ans, dont 30 000 € de gains, entièrement placés en fonds en euros. Pour retirer 4 600 € de gains, à hauteur de l’abattement annuel, il rachète 15 333 €. Les gains sortis restent couverts par l’abattement, donc sans impôt sur le revenu, et la somme peut repartir vers un fonds plus dynamique.
Garder son fonds actuel, c’est parier sur le temps, comme le font de nombreux épargnants fidèles aux fonds en euros. Le changer, c’est accepter les conditions du nouveau, souvent des unités de compte ou une garantie à 97 ou 98 %. Dans les deux cas, le bon réflexe est de comparer le taux réellement servi sur plusieurs années, pas l’affichage d’une campagne de collecte.




