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22 octobre 2026Plus de 1 800 milliards d’euros dorment dans les fonds en euros, soit l’essentiel de l’épargne placée en assurance-vie. Rendement modeste, inflation qui grignote le pouvoir d’achat, alternatives plus dynamiques : sur le papier, tout devrait pousser les épargnants vers la sortie. Pourtant, ils restent. Voici pourquoi, et ce que ce choix cache de rationnel comme de discutable.
Pourquoi les Français restent attachés aux fonds en euros
La réponse tient en trois mots : sécurité, visibilité, habitude. Un fonds en euros garantit que le capital versé ne baisse pas (au moins net des frais de gestion), que les intérêts crédités chaque année ne s’effacent jamais, et que l’argent reste disponible à tout moment. Pour un épargnant qui construit un apport immobilier, une retraite ou un matelas de sécurité, cette promesse pèse plus lourd que quelques points de rendement.
S’ajoute un réflexe psychologique bien documenté : l’aversion à la perte. Perdre 10 % fait plus mal que gagner 10 % ne fait plaisir. Beaucoup de ménages préfèrent donc un gain modeste et certain à un gain potentiel mais incertain. L’assurance-vie a fait le reste : c’est un contrat simple, transmis de génération en génération, souvent ouvert par un parent ou un conseiller bancaire de confiance, et dont le support par défaut est le fonds en euros.
Capital garanti et gains acquis : le socle de la confiance
Le mécanisme est connu sous le nom d’« effet cliquet ». Chaque année, l’assureur annonce le taux de participation aux bénéfices crédité sur votre contrat. Une fois inscrits, ces intérêts sont définitivement acquis. Même si les marchés s’effondrent l’année suivante, ils ne peuvent pas être repris.
Le capital garanti est inscrit dans le contrat, avec un taux minimum garanti qui est le plus souvent de 0 % avant frais de gestion. Autrement dit, vous ne devriez jamais récupérer moins que ce que vous avez versé, hors frais. Cette garantie repose sur la solidité de l’assureur et sur ses placements, majoritairement obligataires. Elle n’est pas une garantie de l’État, mais un dispositif de protection des assurés existe en cas de défaillance (jusqu’à 70 000 € par assuré et par assureur).
Un rendement lissé qui tient la comparaison avec les livrets

Les assureurs ne reversent pas immédiatement tout ce que rapportent leurs placements. Ils en gardent une partie dans une réserve (la provision pour participation aux bénéfices) afin de lisser les rendements d’une année sur l’autre. Ce coussin explique que les fonds en euros aient évolué lentement, y compris quand les taux d’intérêt ont brutalement changé.
Ce lissage a un effet très concret. Quand les taux sont montés en 2022 et 2023, les fonds en euros ont tardé à suivre. Ils rattrapent aujourd’hui leur retard, avec un rendement servi moyen d’environ 2,6 % en 2024 selon France Assureurs, tandis que le Livret A est tombé à 1,7 % depuis août 2025. L’écart s’est donc inversé en faveur de l’assurance-vie, au moins pour les bons contrats.
| Placement | Capital | Rendement récent | Disponibilité |
|---|---|---|---|
| Fonds en euros | Garanti (hors frais) | Environ 2,6 % en moyenne (2024) | Rachat possible à tout moment |
| Livret A | Garanti par l’État | 1,7 % (depuis août 2025) | Immédiate |
| Unités de compte | Non garanti | Variable, positif ou négatif | Rachat possible, valeur fluctuante |
Face à l’inflation : un placement vraiment protecteur ?
C’est ici que le débat devient honnête. Avec une inflation autour de 2 % ces dernières années, un fonds en euros qui sert 2,6 % offre un rendement réel d’environ 0,6 %, avant fiscalité et prélèvements sociaux. En 2022, quand les prix grimpaient de plus de 5 %, ce rendement réel était nettement négatif. Le fonds en euros protège donc le montant nominal du capital, pas son pouvoir d’achat.
Les épargnants le savent, du moins confusément. Ils arbitrent entre deux risques : celui de perdre de l’argent sur les marchés, visible et brutal, et celui de s’appauvrir lentement par l’inflation, diffus et silencieux. Le premier fait peur, le second se remarque à peine. Le fonds en euros répond au premier, en laissant le second de côté.
Les limites à connaître : rendement réel, frais et perspectives de taux
Tous les fonds en euros ne se valent pas. Un contrat bancaire classique peut servir moins de 2 %, quand des contrats en ligne ou associatifs dépassent 3 % ou 4 %, parfois avec des conditions (part minimale en unités de compte). Les frais de gestion annuels, généralement de 0,6 % à 1 %, se déduisent directement du rendement. Un écart de 0,5 point par an, sur vingt ans, change sensiblement le capital final.
Les perspectives de rendement dépendent des taux d’intérêt. Les assureurs réinvestissent peu à peu leurs portefeuilles obligataires vers des titres mieux rémunérés, ce qui soutient les rendements à court terme. Si les taux baissent à nouveau, cet avantage s’érodera, mais le lissage devrait amortir la chute.
Pour quels profils le fonds en euros est-il pertinent ?

Le fonds en euros convient bien à l’épargne de précaution élargie, à un projet à court ou moyen terme (travaux, achat dans trois à cinq ans) et à toute personne qui ne supporte pas de voir son capital fluctuer. Il joue aussi un rôle de stabilisateur dans un contrat diversifié, notamment pour les épargnants proches de la retraite (voir assurance-vie et PER pour retraités).
Il convient moins à un horizon de quinze ou vingt ans. Sur la durée, les unités de compte (actions, ETF, immobilier) ont historiquement offert un rendement supérieur à l’inflation, au prix de baisses temporaires parfois lourdes. Un jeune actif qui place l’intégralité de son épargne long terme en fonds en euros prend, en réalité, un risque : celui de ne jamais battre la hausse des prix.
La plupart des conseillers recommandent un équilibre. Une base sécurisée en fonds en euros, dimensionnée selon vos besoins, et une part en unités de compte proportionnée à votre horizon et à votre tolérance au risque. La confiance des Français est donc compréhensible. Elle devient problématique quand elle se transforme en exclusivité.




