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22 octobre 2026Pensions revalorisées à moitié, allocations gelées, APL à l’arrêt : le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 touche de près le portefeuille des familles et des retraités. Le texte arrive en séance à l’Assemblée nationale à partir de mardi, et rien n’est encore définitivement acquis.
L’objectif affiché par le gouvernement est de ramener le déficit de la Sécurité sociale à 12,7 milliards d’euros en 2027, contre 21,8 milliards en 2026. Pour y parvenir, il faut trouver des économies, et une bonne partie passe par les prestations que vous touchez ou toucherez. Voici ce que prévoit le PLFSS 2027 et ce qui peut encore bouger.
Qui est touché, et à quelle date : la synthèse
Avant de détailler, un tableau pour s’y retrouver. Attention : il s’agit du projet initial du gouvernement, susceptible d’être modifié par les députés puis par les sénateurs.
| Mesure | Qui est concerné | Échéance |
|---|---|---|
| Revalorisation intégrale des retraites de base | Retraités touchant 1 260 € ou moins | 2027 |
| Majoration de 10 % remplacée par un forfait | Parents d’un nombre minimum d’enfants, pensions liquidées après cette date | À partir du 1er juillet 2027 |
| Gel des allocations familiales | Familles allocataires | 2027 |
| Recentrage de l’allocation de rentrée scolaire | Plus de 2 millions de familles | Après concertations |
| Gel et nouveau calcul de la prime d’activité | Travailleurs modestes | 2027 |
| APL non revalorisées | 2,7 millions de bénéficiaires | 1er octobre 2027 |
| RSA, minimum vieillesse, AAH revalorisés selon l’inflation | Bénéficiaires de ces aides | 1er avril |
| Abattement de 10 % réduit (PLF, pas PLFSS) | Retraités imposables | Projet de loi de finances 2027 |
Retraites : revalorisation partielle et abattement d’impôt réduit
C’est le chapitre le plus lourd. Cet effort budgétaire demandé aux retraités représente plus de 5 milliards d’euros. Le mécanisme repose sur une désindexation des retraites de base : seul un tiers des retraités verrait ses pensions suivre pleinement l’inflation.
Sont concernés ceux qui touchent 85 % du Smic ou moins, soit 1 260 euros, retraite de base et complémentaire comprises. Au-delà, les pensions augmenteraient moins vite que les prix. C’est au Parlement de fixer précisément qui bénéficiera tout de même d’une hausse, même inférieure à l’inflation.
1 260 € : le seuil qui sépare les pensions protégées des autres
Le gouvernement s’est dit ouvert à une revalorisation partielle de certaines pensions, notamment entre 1 260 et 2 000 euros. Cette tranche sera au cœur des débats : si vous êtes dans cette zone, ne considérez rien comme acquis.
Un second volet se joue ailleurs, dans le projet de loi de finances (PLF) 2027, examiné en parallèle. Il prévoit de rabattre le plafond de l’abattement de 10 % dont bénéficient les retraités sur leur impôt sur le revenu : de 4 439 à 3 000 euros. L’économie attendue atteint 1,2 milliard d’euros, et elle pèsera surtout sur les retraités imposables aux pensions les plus confortables.
Majoration famille nombreuse : un forfait remplace les 10 %

Si vous avez élevé plusieurs enfants, ce point vous concerne directement. Pour les pensions liquidées à compter du 1er juillet 2027, la majoration de 10 % serait supprimée. À sa place, les personnes « ayant eu ou élevé un nombre minimum d’enfants » percevraient une majoration d’un montant forfaitaire.
Le montant exact reste inconnu. Les conditions d’ouverture du droit et les modalités de calcul seront fixées par décret. Une fois la retraite liquidée, ces forfaits seraient revalorisés comme les pensions.
L’étude d’impact du PLFSS assure qu’il ne s’agit pas d’un coup de rabot : le coût global de la mesure resterait neutre. Le but serait de redistribuer l’avantage de manière plus équitable, au bénéfice des femmes, souvent lésées par le système actuel. Mais les régimes qui versent aujourd’hui des majorations élevées verraient leurs dépenses baisser, ce qui profiterait notamment à l’État au détriment des autres régimes. Les parents aux pensions élevées pourraient donc y perdre au change.
Aides CAF et logement : gel, recentrage et nouveau calcul
Côté prestations familiales, le texte acte un gel des allocations familiales en 2027. Concrètement, elles ne suivraient pas la hausse des prix. L’allocation de rentrée scolaire, versée chaque année en août à plus de 2 millions de familles, serait quant à elle « recentrée ». Les nouveaux paramètres seront définis après des concertations, donc aucun seuil n’est connu à ce stade.
La prime d’activité, versée par les CAF aux travailleurs modestes, serait gelée elle aussi. Son calcul changerait : les sommes versées par l’employeur, notamment pour financer la mutuelle du salarié, entreraient désormais en compte. Pour certains bénéficiaires, le montant versé pourrait baisser.
Les APL, qui profitent à 2,7 millions de personnes, ne seraient pas revalorisées au 1er octobre 2027. En revanche, le RSA, le minimum vieillesse et l’AAH suivraient l’inflation au 1er avril. Le message est donc contrasté : les minima sociaux sont protégés, les aides aux familles et au logement beaucoup moins.
Santé et arrêts maladie : ce qui touche aussi les familles
Plusieurs économies déjà actées prendront effet en 2027. L’Assurance maladie rembourserait moins certains soins, comme les soins dentaires ou les transports sanitaires, avec un transfert vers les complémentaires santé pour 1,2 milliard d’euros. La durée de certains arrêts maladie serait aussi réduite.
Le gouvernement vise 5,1 milliards d’euros d’économies supplémentaires. Cela passerait par une baisse des prix et des volumes de médicaments et de dispositifs médicaux remboursés, et par des économies sur les arrêts maladie, que les partenaires sociaux doivent préciser d’ici la fin de l’année. Les cures thermales seraient aussi concernées : 200 millions d’euros de remboursement seraient transférés aux complémentaires.
Un amendement adopté en commission des Affaires sociales illustre l’esprit de ces mesures. Il prévoit que les pharmaciens délivrent à l’unité une liste élargie de médicaments, définie par décret. Son auteur, le député Renaissance Guillaume Kasbarian, l’explique ainsi : « Lorsqu’un traitement nécessite dix-huit comprimés, l’Assurance maladie n’a pas vocation à financer vingt ou trente comprimés au seul motif que le laboratoire a choisi cette taille de boîte ».
Autre mesure à noter pour les salariés : les indemnités de rupture de contrat (licenciements, ruptures conventionnelles) des hauts salaires seraient mieux taxées. Seules celles inférieures au plafond de la sécurité sociale, soit 48 060 euros en 2026, resteraient exemptées de cotisations. Selon le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, 5 % des salariés percevant les indemnités les plus élevées seraient concernés.
Un texte encore incertain : calendrier et points de négociation

Rien n’est figé. En séance, les députés repartiront de la version initiale du gouvernement, et non de celle modifiée en commission. L’amendement sur la délivrance de médicaments à l’unité devrait donc être examiné de nouveau. Le même sort attend d’autres ajustements.
Les points à surveiller sont connus. La tranche de pensions entre 1 260 et 2 000 euros pourrait être épargnée, au moins en partie. Le montant du forfait de remplacement de la majoration pour famille nombreuse reste à fixer par décret. Les contours du recentrage de l’allocation de rentrée scolaire dépendront des concertations.
Dans l’immédiat, inutile de modifier votre budget sur la base de ces annonces. Mieux vaut repérer la ligne qui vous concerne dans le tableau, puis suivre l’évolution du débat parlementaire avant l’adoption définitive du budget de la Sécurité sociale 2027.




