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23 octobre 2026Le gouvernement veut mettre les retraités à contribution dans le projet de loi de finances 2027. Pour justifier le gel des pensions au-dessus de 2 034 euros bruts par mois, il rappelle que les retraites ont fortement grimpé avec la crise inflationniste de 2022-2023. Reste à vérifier si cette hausse est aussi spectaculaire qu’on le dit.
La pension moyenne a-t-elle progressé ? Oui, de 1 666 à 1 752 euros bruts
La réponse tient en deux chiffres, issus du Panorama des retraités de la Drees. À la fin de 2023, la pension moyenne (base et complémentaire, majoration pour trois enfants ou plus comprise) atteignait 1 666 euros bruts, soit 1 541 euros nets. Un an plus tard, elle s’élevait à 1 752 euros bruts, soit 1 626 euros nets, pour les retraités résidant en France. C’est une hausse d’environ 5 %.
Si l’on inclut les retraités français vivant à l’étranger, la moyenne recule légèrement, à 1 693 euros bruts. Le chiffre de 1 752 euros reste donc la référence la plus parlante pour comprendre ce que touche un retraité en France.
Panorama 2026, chiffres de fin 2024 : le piège des dates
L’étude vient d’être publiée, mais elle s’appuie sur des données arrêtées à la fin de 2024. Elle ne dit rien de ce qui s’est passé depuis, ni des effets d’un éventuel gel.
Pourquoi : la revalorisation de 5,3 % du régime général au 1er janvier 2024
Cette progression n’a rien d’un hasard. Les pensions du régime général sont indexées par défaut sur l’inflation, et la revalorisation du 1er janvier 2024 a été particulièrement forte : +5,3 %. Les régimes complémentaires ont suivi plus modestement, avec +1,6 % au 1er novembre 2024.
Cette indexation ne dit pourtant pas que les retraités se sont enrichis. Elle vise d’abord à compenser la hausse des prix, donc à préserver le pouvoir d’achat. Les salaires, eux, ne sont pas revalorisés automatiquement, à l’exception du SMIC. C’est cet écart de mécanisme qui nourrit le débat.
| Pension mensuelle moyenne | Brute | Nette |
|---|---|---|
| Ensemble des retraités, fin 2023 | 1 666 € | 1 541 € |
| Ensemble des retraités, fin 2024 | 1 752 € | 1 626 € |
| Primo-liquidants de 2024 | 1 637 € | 1 506 € |
Une moyenne qui masque de forts écarts : 2 186 euros pour les hommes, 1 383 pour les femmes

Une moyenne reste une moyenne. Derrière les 1 752 euros, l’écart hommes femmes saute aux yeux : la pension brute moyenne d’un homme résidant en France est de 2 186 euros, celle d’une femme de 1 383 euros. L’écart atteint 37 %.
Il s’explique par des salaires moyens plus faibles, mais aussi par des carrières plus hachées et des carrières incomplètes. La Drees observe que cet écart « diminue tendanciellement » : il était de 50 % en 2004, soit vingt ans plus tôt.
Il se resserre encore avec la pension de réversion, cette part de la retraite d’une personne décédée versée à son conjoint survivant, sous réserve des conditions de ressources de la réversion. Elle concerne 32 % des femmes pensionnées de droit direct, contre 7 % des hommes. Avec elle, la retraite mensuelle moyenne des femmes monte à 1 668 euros bruts, contre 2 216 euros pour les hommes. Le retard reste de 25 %.
Les primo-liquidants touchent moins : 1 637 euros bruts en moyenne
Les primo-liquidants sont les retraités qui ont fait liquider leur premier droit direct en 2024. Leur pension moyenne est plus basse que celle de l’ensemble : 1 637 euros bruts, soit 1 506 euros nets. Il faut pourtant la lire avec prudence. Selon la Drees, ce montant « ne reflète pas l’intégralité du montant qu’ils percevront à terme », car une part non négligeable d’entre eux liquidera un autre droit direct dans au moins un autre régime.
Autre signal : ils étaient 718 000 cette année-là, contre 781 000 en 2023, soit 7 % de moins. La raison tient au relèvement de l’âge minimum légal d’ouverture des droits, induit par la réforme des retraites entrée en vigueur en 2023. Celle-ci a depuis été suspendue.
Pouvoir d’achat et projet de gel des pensions en 2027

Le gouvernement avance un second argument : le poids des retraites dans les finances publiques. En 2023, 370 milliards d’euros de pensions ont été versés. En 2024, on est passé à 395 milliards. Cette hausse vient surtout de la revalorisation à hauteur de l’inflation, alors que le PIB n’a pas progressé au même rythme. Résultat : les retraites sont passées de 13,1 % à 13,5 % du PIB.
C’est sur ce constat que repose le projet de désindexation des pensions au-dessus de 2 034 euros et de sous-indexation pour celles comprises entre 1 260 et 2 034 euros, avec des effets qui touchent surtout les retraités exposés à la sous-indexation. L’exécutif en espérait 4,1 milliards d’euros d’économies.
La mesure vacille pourtant : les députés l’ont rejetée en commission des Affaires sociales. Il reste à voir si elle reviendra sous une autre forme dans la suite du débat budgétaire.
Ce que l’on peut retenir
Oui, la pension moyenne a progressé de près de 5 % en un an, mais cette hausse est surtout la conséquence mécanique de l’inflation. Elle ne dit rien de la situation d’une femme avec une carrière hachée, ni de celle d’un jeune retraité qui n’a pas encore tous ses droits. Pour juger de la contribution demandée aux retraités, ces écarts comptent autant que la moyenne.




