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21 octobre 2026
Retraite et classe moyenne, le montant de pension qui fait basculer d’un côté ou de l’autre
21 octobre 2026Plus d’un million de personnes touchent une retraite française sans habiter en France. Et la somme moyenne qu’elles perçoivent a de quoi surprendre. Elle dit pourtant très peu de choses sur ce qui attend un futur retraité né dans l’Hexagone qui rêve d’un départ.
Ce que touchent vraiment les retraités installés hors de France
Fin 2024, la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) comptait 1 065 125 retraités du régime général vivant à l’étranger. C’est environ 7 % des 15,4 millions de pensionnés de ce régime, soit un sur 14. Leur pension moyenne de base s’élève à 323 € par mois, alors que ceux qui résident en France touchent 910 € du même régime.
Attention à ce que mesure ce chiffre. Il ne concerne que la retraite du régime général. Il n’inclut ni la retraite complémentaire Agirc-Arrco des anciens salariés du privé, ni les pensions éventuellement versées par un autre pays où la personne a travaillé. La somme réellement perçue chaque mois est donc souvent plus élevée que 323 €.
Surtout, ce n’est pas le portrait de retraités partis au soleil avec une petite pension. Près de 9 sur 10 sont nés hors de France, et l’étude de la Cnav, publiée en mai 2025, décrit des profils très différents de celui d’un salarié français qui s’expatrie à 62 ans.
Pourquoi la moyenne tombe à 323 € contre 910 € en France
Le déménagement n’y est pour rien : la pension elle-même ne baisse pas quand son titulaire change de pays de résidence, même si certaines aides s’arrêtent. L’écart s’explique par trois mécanismes qui jouent sur la composition de la population concernée.
- Une carrière française courte. La retraite du régime général ne rémunère que les trimestres validés en France. Quelqu’un reparti à mi-carrière touche une pension calculée sur ces seules années.
- Une part de la retraite d’un conjoint décédé. Beaucoup de veuves touchent une pension de réversion, c’est-à-dire une fraction de la retraite de leur mari, pas une retraite complète.
- Une seule caisse de retraite comptée. Les 323 € ignorent la complémentaire et les droits acquis dans d’autres pays.
En France aussi, une pension moyenne cache des écarts considérables. À l’étranger, la moyenne mélange surtout des carrières de longueurs très inégales, ce qui la rend peu utile pour se projeter.
Qui sont ces retraités : nés hors de France, plus âgés, souvent des femmes

Sur les 1 065 125 pensionnés, 749 800 sont nés dans un pays étranger. Et 196 430 autres sont nés en Algérie, au Maroc ou en Tunisie avant l’indépendance, quand ces territoires étaient une colonie ou un protectorat. Au total, 946 230 retraités vivant à l’étranger sont nés hors des frontières actuelles de la France, soit 89 %.
L’expression « retraités français à l’étranger » est donc trompeuse. Il s’agit surtout de personnes qui touchent une pension française et vivent hors de France. Leur faible pension moyenne se lit le plus souvent comme la trace d’une carrière incomplète, même si l’étude ne mesure pas la durée des carrières.
Un public nettement plus âgé
À l’étranger, 47 % des pensionnés ont 80 ans ou plus, contre 25 % en France. À l’inverse, les 60-69 ans ne pèsent que 12 % des retraités vivant hors de France, contre 33 % dans l’Hexagone. Les départs récents de jeunes retraités restent minoritaires dans ces statistiques, et 2 885 centenaires touchent leur pension hors de France.
Le vieillissement varie beaucoup selon le pays de résidence :
| Pays de résidence | Part des 80 ans et plus |
|---|---|
| Italie | 59 % |
| Espagne | 56 % |
| Algérie | 52 % |
| Portugal | 46 % |
| Maroc | 40 % |
| Suisse | 35 % |
Une majorité de femmes, et le poids de la réversion
Les femmes forment 57 % de ces pensionnés, soit 610 785 contre 454 340 hommes. En masse, la Cnav leur verse près de deux fois plus au titre de la réversion qu’au titre de leur propre retraite : 1,302 milliard d’euros par an, contre 0,724 milliard. Plus de 4 retraités sur 10 vivent par ailleurs en Afrique, ce qui renforce ce profil de carrières françaises courtes.
Ce qui ne change pas quand on part : la pension, la maladie, les démarches
La retraite du régime général continue d’être versée au même montant, quel que soit le pays de résidence. Les règles d’attribution de la pension de réversion, dont la condition de ressources de la réversion, ne changent pas non plus selon le lieu de vie. Ce qui évolue, ce sont surtout les aides qui s’arrêtent et les formalités à accomplir.
La caisse de retraite demande en général de justifier régulièrement que l’on est toujours en vie, via un certificat de vie, et de tenir ses coordonnées à jour. Côté santé, la couverture maladie dépend du pays choisi : l’Union européenne, l’Espace économique européen, la Suisse et le Royaume-Uni n’offrent pas les mêmes conditions que les pays sans accord social avec la France. La fiscalité dépend aussi du pays de résidence et de l’éventuelle convention fiscale, ce qui peut modifier l’impôt réellement payé sur la pension.
Comment estimer sa propre pension avant de partir

Pour un futur retraité né en France, la bonne grille de lecture n’est pas la moyenne de 323 €, mais sa propre carrière. Le montant de la pension de base dépend du nombre de trimestres validés, du salaire de référence, et d’un éventuel taux minoré en cas de carrière incomplète. À cela s’ajoute la retraite complémentaire Agirc-Arrco pour les salariés du privé, calculée à part.
Un relevé de carrière permet de voir ce qui est déjà validé et ce qui manque. Si des trimestres font défaut, le rachat de trimestres ou la cotisation volontaire proposée aux expatriés peuvent entrer en ligne de compte, selon la situation. Le statut compte aussi : en expatriation, la validation de trimestres français s’interrompt en principe, alors qu’en détachement la personne reste rattachée au système français. En cas de doute, l’assistance téléphonique de la caisse de retraite permet de faire le point sur son dossier.
Trois questions à régler avant de faire ses valises
1. Combien de trimestres me manque-t-il aujourd’hui, et vais-je en valider d’autres après mon départ ?
2. Mon départ relève-t-il de l’expatriation ou du détachement ?
3. Quelle couverture santé m’attend dans le pays choisi, et existe-t-il un accord avec la France ?
Répondre à ces trois questions donne une image bien plus fiable de ce que l’on touchera réellement que n’importe quelle moyenne statistique. Elles évitent surtout de découvrir, une fois installé, qu’une carrière incomplète ou une couverture santé inadaptée pèse sur le budget.




