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29 octobre 2026Vous pensez donner votre maison à vos enfants, mais sans quitter les lieux ni perdre la main sur le quotidien ? Le démembrement de propriété sert précisément à cela. Les parents gardent l’usufruit, les enfants reçoivent la nue-propriété, et la facture fiscale s’allège nettement. Reste à savoir ce que chacun abandonne en échange.
Donation de sa maison en démembrement : comment ça marche
La propriété d’un bien immobilier se découpe en deux droits. L’usufruit, c’est le droit d’habiter la maison ou de la louer et d’en percevoir les revenus locatifs. La nue-propriété, c’est le droit de propriétaire « en attente » : on possède le bien, mais on ne s’en sert pas encore.
Dans une donation avec réserve d’usufruit, le donateur transmet la nue-propriété à son donataire (souvent un enfant) et conserve l’usufruit. Il reste chez lui, comme avant. À son décès, l’usufruit s’éteint sans formalité fiscale supplémentaire : c’est l’extinction de l’usufruit, qui se réunit à la nue-propriété. Les enfants deviennent alors pleins propriétaires, sans payer de nouveaux droits de succession sur cette réunion.
L’opération passe obligatoirement par un notaire, car une maison se donne par acte authentique. Une fois signé, l’acte engage les deux parties : on ne peut pas revenir en arrière d’un simple accord verbal.
Ce que la famille gagne : la valeur transmise à moindre coût
Le gain principal est fiscal. Les droits de donation se calculent sur la seule valeur de la nue-propriété, pas sur celle de la maison entière. Plus le donateur est jeune, plus l’usufruit pèse lourd et plus la part taxable diminue. Autre atout : la valeur de la nue-propriété est figée au jour de la donation, même si l’immeuble prend de la valeur ensuite.
Le calcul de la valeur par le barème selon l’âge du donateur
L’article 669 du CGI fixe un barème fiscal qui dépend de l’âge de l’usufruitier au moment de l’acte. La valeur de l’usufruit et celle de la nue-propriété font toujours 100 % à elles deux.
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 51 ans | 60 % et plus (de 90 % à 60 %) | 40 % et moins |
| 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| 91 ans et plus | 10 % | 90 % |
Maison à 600 000 € : près de 48 000 € de droits en moins
Un parent de 66 ans donne sa maison à ses deux enfants. En pleine propriété, chacun reçoit 300 000 €, soit 200 000 € taxables après l’abattement de 100 000 € : environ 38 200 € de droits par enfant. En nue-propriété (60 % de la valeur), chacun reçoit 180 000 €, soit 80 000 € taxables : environ 14 200 € de droits par enfant. L’économie totale avoisine 48 000 €, sans compter les droits de succession évités plus tard sur la valeur de l’usufruit.
Cet abattement de 100 000 € par parent et par enfant se renouvelle tous les 15 ans. Les barèmes et abattements évoluent parfois : demandez à votre notaire de vérifier les chiffres en vigueur au moment de signer.
Ce que les parents perdent : l’usage et la libre disposition du bien

En gardant l’usufruit, les parents conservent l’essentiel du confort : ils habitent la maison, ou la louent et encaissent les loyers. Ils perdent en revanche la pleine propriété, et donc le dernier mot sur le bien. Vendre, hypothéquer ou transformer la maison exige désormais l’accord du nu-propriétaire.
La vente illustre bien cette contrainte. Si les parents veulent déménager vers un appartement plus petit ou une résidence adaptée, les enfants doivent signer l’acte avec eux. Le prix se répartit alors selon la valeur de chaque droit, ou bien un remploi est prévu pour racheter un autre bien en démembrement. Sans accord, rien ne bouge.
Les parents perdent aussi une marge de manœuvre sur leur patrimoine : une donation est en principe irrévocable. Seules des situations très précises (clause de retour prévue dans l’acte, ingratitude grave du donataire) permettent de revenir dessus. Ils doivent donc s’assurer d’avoir gardé assez de ressources pour la suite. Un exemple concret : complément de retraite réclamé après donation.
Ce que les enfants gagnent et ce qu’ils attendent
Les enfants gagnent d’abord une transmission sécurisée, à coût réduit. Ils deviennent nu-propriétaires dès la signature, et la maison sort de la succession future des parents. La nue-propriété reçue par donation reste un bien propre, ce qui la protège en cas de divorce d’un enfant.
Mais ils n’ont ni jouissance ni revenus. Pas question d’occuper la maison ou de la louer tant que les parents vivent. Le gain se matérialise plus tard, au moment de la réunion de l’usufruit à la nue-propriété, qui peut intervenir dans quinze ou trente ans.
Voici le bilan, membre par membre :
| Qui | Ce qu’il gagne | Ce qu’il perd |
|---|---|---|
| Parents (donateurs, usufruitiers) | Maison conservée à vie, loyers éventuels, succession préparée, droits réduits | Libre disposition, pleine propriété, possibilité de revenir en arrière |
| Enfants (donataires, nus-propriétaires) | Maison acquise à moindre coût, valeur figée, plein droit au décès sans nouveaux droits | Usage et revenus pendant des années, liberté de vendre seul |
Points de vigilance avant de donner

La répartition des charges est le premier sujet de friction. Par défaut, l’usufruitier paie la taxe foncière et les réparations d’entretien, tandis que le nu-propriétaire assume les grosses réparations (toiture, murs porteurs). L’acte peut aménager cette règle, et mieux vaut le faire noir sur blanc pour éviter les désaccords.
Deuxième point : le couple. Si les deux parents donnent, prévoyez que le survivant garde l’usufruit sur la totalité grâce à une clause de réversibilité. Sans elle, la part d’usufruit du premier décédé disparaît et revient aux enfants, ce qui peut fragiliser le conjoint resté seul dans la maison.
Troisième point : l’égalité entre enfants. Si un seul reçoit la nue-propriété, les autres peuvent réclamer leur part au décès, via le rapport ou la réduction. Une donation-partage pour éviter les disputes permet d’anticiper ce partage. Pensez aussi aux aléas de la vie : un enfant qui rencontre des difficultés financières ou un divorce peut compliquer une éventuelle vente. Enfin, la donation reste rappelée fiscalement pendant 15 ans.
Avant de vous engager, faites chiffrer deux scénarios par votre notaire : donation en démembrement et donation en pleine propriété. Comparez les droits, les frais d’acte, les charges et la souplesse laissée aux parents. C’est cette comparaison, plus que le barème seul, qui dit si l’opération vaut le coup pour votre famille.




