
Le budget 2027 réserve des mesures qui touchent vos donations, votre assurance-vie et vos retraites
24 octobre 2026
Retraite anticipée pour carrière longue, les trimestres qui comptent et ceux qui ne comptent pas
24 octobre 2026À partir de quand un retraité devient-il « aisé » ? La question est délicate, mais le gouvernement l’a posée dans son projet de loi de finances pour 2027. Son idée : geler les pensions au-delà de 2.034 euros bruts par mois. Pour savoir si vous êtes concerné, il faut regarder les chiffres de près, et surtout démêler ce qui est décidé de ce qui n’est qu’une piste.
Le gel envisagé : à partir de quel montant de pension ?
Le seuil retenu est de 2.034 euros bruts par mois. Au-dessus, les pensions ne seraient plus indexées sur l’inflation : c’est le gel, ou désindexation. Le dispositif ne s’arrête pas là. Les pensions comprises entre 1.260 et 2.034 euros seraient, elles, « sous-indexées », c’est-à-dire revalorisées moins que la hausse des prix.
Concrètement, la pension moyenne des retraités résidant en France, de 1.752 euros bruts, se situe donc sous le seuil du gel pur, mais bien dans la zone de sous-indexation. L’écart entre les deux se joue à quelques centaines d’euros par mois, un enjeu que l’on retrouve dans notre article sur le seuil de pension des classes moyennes.
| Tranche de pension (brut mensuel) | Traitement prévu dans le projet |
|---|---|
| Moins de 1.260 euros | Pas concernée par la mesure |
| Entre 1.260 et 2.034 euros | Sous-indexation (revalorisation inférieure à l’inflation) |
| Au-delà de 2.034 euros | Gel (pas d’indexation) |
Où en est le texte aujourd’hui ?
Rien n’est définitif. Les députés ont rejeté cette mesure en commission des Affaires sociales, et le projet de loi de finances doit encore passer par le Parlement. Le gouvernement en attendait 4,1 milliards d’euros d’économies.
Pourquoi le gouvernement veut geler les pensions
L’argument officiel est budgétaire. Les pensions du régime général sont indexées par défaut sur l’inflation. Avec la crise inflationniste de 2022-2023, elles ont donc fortement augmenté. Les salaires, eux, n’ont pas suivi automatiquement, à l’exception du SMIC.
Les chiffres de la Drees donnent un début de réponse. Au 1er janvier 2024, les pensions du régime général ont été revalorisées de 5,3 %. Celles des régimes complémentaires ont gagné 1,6 % au 1er novembre 2024. Résultat : 370 milliards d’euros de pensions versés en 2023, puis 395 milliards en 2024.
Le problème, pour les finances publiques, c’est que le PIB n’a pas progressé aussi vite. Le poids des retraites est ainsi passé de 13,1 % du PIB en 2023 à 13,5 % en 2024. C’est cette pente que l’exécutif veut freiner en faisant contribuer les retraités.
Une pension moyenne de 1.752 euros bruts, des écarts importants

Le Panorama des retraités 2026 de la Drees, tout juste publié, fixe la photographie. Attention toutefois à la date : malgré son millésime, l’étude s’appuie sur des données de fin 2024. À cette date, la pension mensuelle moyenne (base et complémentaire, majoration pour trois enfants ou plus incluse) atteignait 1.752 euros bruts, soit 1.626 euros nets, pour les retraités vivant en France.
La hausse est nette par rapport à fin 2023, où la même mesure donnait 1.666 euros bruts, soit 1.541 euros nets. Si l’on ajoute les retraités français résidant à l’étranger, la moyenne recule à 1.693 euros bruts.
Les nouveaux retraités, ou primo-liquidants, touchent un peu moins : 1.637 euros bruts (1.506 euros nets). La Drees précise que ce montant ne reflète pas tout ce qu’ils percevront à terme, car beaucoup liquideront encore un droit dans un autre régime. Ils sont aussi moins nombreux : 718.000 en 2024 contre 781.000 un an plus tôt, soit 7 % de moins, un effet du relèvement de l’âge légal prévu par la réforme des retraites de 2023, depuis suspendue.
Hommes et femmes : un écart de 37 %
Une moyenne cache des réalités très différentes. La pension brute moyenne d’un homme résidant en France est de 2.186 euros, contre 1.383 euros pour une femme. L’écart atteint 37 %. Il s’explique par des salaires plus faibles et des carrières plus hachées, donc plus incomplètes.
La tendance va dans le bon sens : la Drees note que « cet écart diminue tendanciellement ». Il était de 50 % en 2004. Il se resserre encore avec la pension de réversion, perçue par 32 % des retraitées de droit direct contre 7 % des hommes. Avec elle, la pension moyenne des femmes monte à 1.668 euros bruts, contre 2.216 euros pour les hommes. L’écart reste de 25 %.
Ces chiffres pèsent dans le débat. Un gel fixé à 2.034 euros touche d’abord des pensions plus souvent masculines, tandis que la zone de sous-indexation concerne un public bien plus large.
Un gel qui pourrait aussi toucher les retraités modestes, et rien n’est encore acté

La notion de « retraités aisés » est donc discutable. Une pension de 2.034 euros bruts reste éloignée de l’image d’un train de vie confortable, et le seuil de sous-indexation (1.260 euros) place dans le viseur de nombreux retraités aux revenus moyens, voire modestes. Pour savoir qui est vraiment touché, lisez notre analyse des retraités exposés à la sous-indexation. Voilà pourquoi la mesure fait débat, bien au-delà des seuls hauts revenus.
À ce stade, retenez trois points :
- le seuil de gel est de 2.034 euros bruts, et non nets, ce qui change le calcul selon votre situation ;
- la sous-indexation commence dès 1.260 euros bruts ;
- le texte est un projet : il a été rejeté en commission à l’Assemblée nationale et peut encore évoluer ou disparaître, avec notamment une autre méthode proposée par un député.
Le gouvernement a aussi évoqué une réforme de l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions, autre volet de la contribution demandée aux retraités. Là encore, tout dépendra du vote final du Parlement. D’ici là, gardez en tête que votre pension actuelle n’est pas touchée : seule la revalorisation à venir est en jeu.




