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26 octobre 2026
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26 octobre 2026Vous avez une carte cadeau au fond d’un tiroir, un avoir jamais dépensé ou une commande payée d’avance qui n’arrive pas. Puis la presse annonce que l’enseigne est en difficulté. À partir de là, chaque semaine compte, parce que la loi ne traite pas votre argent de la même façon avant et après le jugement du tribunal.
Procédure annoncée, ce n’est pas procédure ouverte
À la mi-octobre 2026, la presse a rapporté qu’une enseigne de bazar fondée en 1981, forte d’environ 500 magasins et 6 000 salariés, serait en cessation des paiements et s’apprêterait à saisir le tribunal de commerce. Aucun jugement d’ouverture n’était établi à ce stade. Seul le tribunal décide de l’ouverture, de sa date et de ses modalités. Tout ce qui suit est général et ne décrit la situation d’aucune enseigne en particulier.
Ce que devient votre acompte, carte cadeau ou avoir si le vendeur entre en redressement judiciaire
La réponse tient en une idée : une carte cadeau, un avoir ou un acompte représentent une créance que vous détenez contre le vendeur. Il a encaissé votre argent et doit encore vous fournir un bien ou un service. Tant qu’aucune procédure collective n’est ouverte, cette créance s’exécute normalement, et le bon réflexe est de dépenser votre carte ou votre avoir dès les premiers signes de fragilité.
Après le jugement d’ouverture du redressement judiciaire, tout change. L’article L. 622-7 du code de commerce prévoit que le jugement emporte « de plein droit, interdiction de payer toute créance née antérieurement au jugement d’ouverture, à l’exception du paiement par compensation de créances connexes ». Honorer une carte cadeau émise avant l’ouverture reviendrait à payer une dette antérieure. Le refus en caisse ne traduit donc pas forcément de la mauvaise volonté : c’est le vendeur qui n’a plus le droit d’accepter.
Le même jugement frappe aussi vos recours classiques. L’article L. 622-21 interrompt ou interdit les actions en justice des créanciers visant à obtenir la condamnation du débiteur à payer une somme d’argent. Assigner le magasin pour récupérer la valeur de votre carte ne sert donc à rien. La voie utile est la déclaration de créance auprès du mandataire judiciaire, détaillée plus bas.
Carte cadeau qui expire pendant la procédure
Peut-on espérer que la date d’expiration soit suspendue pendant l’observation ? La question n’est pas clairement tranchée pour les cartes cadeaux. Ne comptez pas sur une prorogation automatique. Utilisez la carte avant l’ouverture si c’est encore possible, et, si ça ne l’est plus, déclarez sa valeur faciale au passif.
L’erreur du client qui se sert lui-même
Repartir du magasin avec un article sans le payer, en comptant sur votre carte inutilisable, est une très mauvaise idée. La compensation n’est admise qu’entre créances connexes, et une prise de marchandise exposerait à une plainte sans améliorer votre place parmi les créanciers.
Acompte ou arrhes : ce qui change vraiment vos droits
La distinction compte au moment de la commande, bien avant les difficultés du vendeur. L’acompte est le premier paiement d’un contrat ferme : les deux parties sont engagées, et vous ne pouvez pas renoncer sans conséquence. Les arrhes ouvrent une faculté de dédit. Sauf clause contraire, si vous renoncez, vous perdez les arrhes ; si le vendeur renonce, il vous rend le double. En l’absence de précision écrite, c’est le code de la consommation qui tranche, et en matière de vente à un consommateur les sommes versées à la commande sont en principe présumées être des arrhes.
Face à un vendeur en redressement judiciaire, cette différence pèse moins qu’on le croit. Dans les deux cas, ce que vous avez versé devient une créance antérieure au jugement : elle ne sera pas remboursée au guichet, elle sera inscrite au passif si vous la déclarez. Le vrai enjeu est ailleurs : savoir si le bien va être livré ou si le contrat doit être résolu pour que vous puissiez réclamer votre argent.
| Votre situation | Action immédiate | Délai | Preuve à fournir |
|---|---|---|---|
| Carte cadeau | L’utiliser avant l’ouverture, sinon déclarer sa valeur | Tout de suite, puis deux mois après publication | Numéro, ticket d’achat, relevé bancaire, conditions générales |
| Avoir | Le dépenser, sinon le déclarer | Tout de suite, puis deux mois | Copie de l’avoir avec montant et date d’émission |
| Acompte ou arrhes versés | Vérifier le bon de commande, puis déclarer la somme | Deux mois après publication | Bon de commande, facture, preuve de paiement |
| Commande non livrée | Mise en demeure écrite, puis résolution du contrat | Dès le dépassement de la date promise | Date de livraison convenue, échanges écrits, accusé de réception |
Commande non livrée : mise en demeure, résolution et remboursement

Si le délai de livraison annoncé est dépassé, ne laissez pas traîner. Vous commencez par envoyer une mise en demeure en lettre recommandée avec accusé de réception, qui enjoint au vendeur de livrer dans un délai raisonnable. Le code de la consommation prévoit qu’en l’absence de livraison dans le délai fixé par cette mise en demeure, vous pouvez résoudre le contrat par un nouvel écrit. Le vendeur doit alors vous rembourser, en principe sous quatorze jours.
Ce remboursement en principe n’a plus de portée concrète une fois la procédure ouverte, puisque l’interdiction de payer les créances antérieures s’applique. La résolution reste utile : elle fixe le montant exact de votre créance et prouve que vous avez agi dans les formes. Voici un modèle à adapter.
Modèle de mise en demeure
Objet : mise en demeure de livrer la commande n° [numéro] du [date]
Madame, Monsieur, j’ai commandé le [désignation du bien] le [date] et versé [montant] euros le [date]. La livraison était prévue le [date] et n’a pas eu lieu. Je vous mets en demeure de me livrer ce bien dans un délai de [durée] à compter de la réception de ce courrier. À défaut, je résoudrai le contrat et vous réclamerai le remboursement des sommes versées.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées. [Nom, adresse, signature]
Déclarer votre créance au mandataire judiciaire dans les deux mois
Une fois le redressement judiciaire ouvert, le tribunal de commerce désigne un mandataire judiciaire, qui représente les créanciers. Votre acompte, votre carte cadeau ou votre avoir doivent lui être déclarés. Le délai est de deux mois à compter de la publication du jugement au Bodacc, le bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Passé ce délai, vous risquez de perdre le droit de figurer sur la liste des créanciers.
Votre déclaration doit être écrite, chiffrée et justifiée. Indiquez le montant dû, la nature de la créance (carte cadeau, avoir, acompte) et joignez copie de vos pièces. Le juge-commissaire contrôle ensuite l’admission des créances. Soyez réaliste : en tant que créancier ordinaire, vous passez derrière les salariés et les créanciers garantis, et le remboursement peut être partiel, voire nul, ou intervenir longtemps après.
Délai dépassé : le relevé de forclusion
Si vous avez laissé passer les deux mois, tout n’est pas perdu. Vous pouvez demander un relevé de forclusion au juge-commissaire, en démontrant que vous ne receviez pas l’information ou que le défaut de déclaration ne vous est pas imputable. Cette demande est elle-même enfermée dans un délai, de l’ordre de six mois à compter de la publication du jugement. Agissez dès que vous constatez l’oubli, sans attendre une réponse du magasin.
Preuves à conserver et démarches à lancer sans attendre

Votre dossier repose sur vos pièces. Gardez le ticket de caisse, la facture, le relevé bancaire qui montre le paiement, le bon de commande et tous les échanges écrits avec le vendeur : courriels, messages, courriers. Pour une carte cadeau, photographiez-la recto verso et notez son numéro. Pour un avoir, conservez l’original et sa date d’émission.
Dans l’ordre, voici ce qu’il vaut mieux faire :
- Dépenser carte cadeau ou avoir tant que le magasin les accepte.
- Rassembler toutes vos preuves de paiement.
- Envoyer une mise en demeure pour toute commande non livrée.
- Surveiller la publication du jugement au Bodacc et noter la date.
- Déclarer votre créance au mandataire judiciaire avant la fin des deux mois.
Si vous avez réglé par carte bancaire, interrogez aussi votre banque sur une éventuelle contestation du paiement. En cas de doute, les associations de consommateurs et la DGCCRF peuvent vous orienter. Pour une somme importante, un avocat vous évitera les erreurs de forme qui coûtent cher.


