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13 octobre 2026La donation d’usufruit reste un outil méconnu pour organiser sa transmission patrimoniale tout en gardant l’usage d’un bien ou en aidant ses proches sans se dépouiller. Elle repose sur le démembrement de propriété : le donateur conserve ou transmet l’usufruit (droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les revenus), tandis que le donataire reçoit la nue-propriété. À l’extinction de l’usufruit, généralement au décès, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans nouveaux droits de succession.
Pour bien comprendre ce mécanisme, rien ne vaut des situations concrètes. Voici sept exemples pratiques de donation d’usufruit, avec leurs montages juridiques et leurs conséquences fiscales.
Qu’est-ce qu’une donation d’usufruit : définition et principes
Une donation d’usufruit consiste à transmettre soit l’usufruit d’un bien (le droit d’en jouir et d’en percevoir les fruits), soit sa nue-propriété. L’usufruitier conserve l’usage du bien : il peut l’habiter s’il s’agit d’un logement, le louer, encaisser les dividendes s’il s’agit de titres. Le nu-propriétaire détient uniquement la propriété « nue », sans pouvoir en profiter tant que l’usufruit existe.
Cette technique s’appuie sur le barème fiscal de l’article 669 du Code général des impôts, qui répartit la valeur entre usufruit et nue-propriété selon l’âge du donateur. Plus celui-ci est jeune, plus la valeur de l’usufruit est élevée, et donc celle de la nue-propriété réduite. Ce barème influe directement sur les droits de donation à payer.
Barème fiscal de l’usufruit selon l’âge
À 50 ans, l’usufruit vaut 60 % de la valeur du bien, la nue-propriété 40 %. À 70 ans, ces proportions s’inversent : 40 % pour l’usufruit, 60 % pour la nue-propriété. Ce mécanisme réduit l’assiette taxable lors de la donation.
7 exemples concrets de donation d’usufruit
Donation d’une maison avec réserve d’usufruit
Marie, 65 ans, possède une maison de 300 000 €. Elle souhaite la transmettre à sa fille tout en continuant d’y vivre. Elle effectue une donation avec réserve d’usufruit : sa fille reçoit la nue-propriété, Marie conserve l’usufruit viager. Selon le barème, à 65 ans, l’usufruit représente 40 % de la valeur, soit 120 000 €, et la nue-propriété 60 %, soit 180 000 €.
Les droits de donation s’appliquent uniquement sur les 180 000 € de nue-propriété transmise. Après application de l’abattement fiscal parent-enfant de 100 000 € renouvelable tous les quinze ans, la base taxable tombe à 80 000 €. Marie continue d’habiter la maison, de l’entretenir ou de la louer. À son décès, sa fille deviendra automatiquement pleine propriétaire sans droits de succession supplémentaires sur ce bien.
Donation temporaire d’usufruit à une association ou fondation
Paul détient un appartement de rapport de 250 000 € qui génère 12 000 € de loyers annuels. Il souhaite soutenir une fondation reconnue d’utilité publique. Il consent une donation temporaire d’usufruit pour trois ans : la fondation perçoit les loyers pendant cette période, Paul reste nu-propriétaire.
Avantage : Paul bénéficie d’une réduction d’impôt de 66 % sur la valeur de l’usufruit donné, calculée selon un barème spécifique (23 % de la valeur du bien par période de dix ans). Sur trois ans, l’usufruit vaut environ 6,9 % de 250 000 €, soit 17 250 €. La réduction d’impôt atteint donc 11 385 €, étalée sur l’année du don et les cinq suivantes. Après trois ans, l’usufruit revient automatiquement au donateur, qui retrouve la pleine propriété et les revenus locatifs.
Donation d’un portefeuille de titres avec démembrement
Sophie, 58 ans, possède un portefeuille d’actions de 400 000 €. Elle donne la nue-propriété à ses deux enfants tout en conservant l’usufruit : elle continue de percevoir les dividendes et reste redevable de l’impôt sur le revenu correspondant. À 58 ans, la nue-propriété vaut 50 % de la valeur, soit 200 000 €.
Chaque enfant reçoit 100 000 € de nue-propriété. Après déduction de l’abattement de 100 000 € par enfant et par parent tous les quinze ans, aucun droit de donation n’est dû. Sophie bénéficie des revenus jusqu’à son décès, date à laquelle les enfants récupéreront les titres en pleine propriété sans taxation supplémentaire.
Donation-partage avec usufruit entre plusieurs enfants
Jean et Christine, 62 ans, souhaitent organiser la transmission équitable de leur patrimoine immobilier à leurs trois enfants. Ils réalisent une donation-partage : deux appartements de 200 000 € et 150 000 €, plus des liquidités de 150 000 €, soit un total de 500 000 €. Ils se réservent l’usufruit viager sur les appartements.
À 62 ans, la nue-propriété représente 60 %. Les enfants reçoivent donc 210 000 € en nue-propriété immobilière, plus 150 000 € en pleine propriété sur les liquidités, soit 360 000 € à répartir (120 000 € chacun). Après les abattements (100 000 € par enfant et par parent, renouvelables), la fiscalité reste modérée. La donation-partage fige la valeur des biens au jour de l’acte notarié, évitant les contestations ultérieures entre héritiers.
Donation d’usufruit temporaire pour réduire l’IFI
Alain, assujetti à l’impôt sur la fortune immobilière, possède une résidence secondaire de 600 000 €. Il consent une donation temporaire de la nue-propriété à ses enfants pour dix ans, en conservant l’usufruit. Selon le barème spécifique, l’usufruit temporaire de dix ans représente 23 % de la valeur, soit 138 000 €, et la nue-propriété temporaire 77 %, soit 462 000 €.
Pour le calcul de l’IFI, Alain ne déclare plus que la valeur de l’usufruit (138 000 €), réduisant son assiette taxable de 462 000 €. Au terme des dix ans, la pleine propriété se reconstitue entre ses mains sans formalité supplémentaire. Ce mécanisme convient aux patrimoines importants où chaque point d’IFI compte, tout en préparant progressivement la transmission.
Donation d’usufruit pour aider un enfant sans capital
Martine possède un studio de 120 000 € qu’elle loue 600 € par mois. Son fils, jeune actif, peine à se loger. Elle lui donne l’usufruit viager du studio tout en conservant la nue-propriété. Le fils devient usufruitier : il peut occuper le studio ou continuer de le louer et percevoir les loyers.
À 63 ans, l’usufruit de Martine vaut 40 % de 120 000 €, soit 48 000 €. Son fils paie des droits de donation sur cette base, après abattement. Martine reste nu-propriétaire, ce qui lui permet de préserver son patrimoine pour une éventuelle succession équilibrée avec ses autres enfants. À son décès, le fils deviendra plein propriétaire du studio. Cette solution apporte un soutien financier immédiat sans déposséder totalement le parent.
Donation graduelle avec usufruit successif
Élodie, 55 ans, souhaite transmettre un appartement de 180 000 € d’abord à son conjoint, puis à ses enfants. Elle réalise une donation graduelle : elle donne la nue-propriété à ses enfants, avec l’usufruit réservé à son conjoint sa vie durant. À 55 ans, la nue-propriété vaut 50 %, soit 90 000 €.
Le conjoint devient premier usufruitier, bénéficiant de l’appartement jusqu’à son propre décès. Les enfants, nus-propriétaires, attendront cette échéance pour récupérer la pleine propriété. Ce montage protège le conjoint survivant tout en organisant la transmission aux descendants, avec une fiscalité calculée sur la nue-propriété lors de la première donation et l’usufruit successif exempt de droits lors du décès du conjoint.
Comment calculer la valeur de l’usufruit et les droits de donation
Le calcul repose sur deux éléments : l’âge de l’usufruitier au jour de la donation et la valeur vénale du bien. Le notaire applique le barème de l’article 669 du Code général des impôts. Pour un démembrement viager classique, l’usufruit vaut 90 % de la valeur du bien si l’usufruitier a moins de 21 ans, puis décroît par tranches de dix ans d’âge : 80 % entre 21 et 30 ans, 70 % entre 31 et 40 ans, etc., jusqu’à 10 % au-delà de 91 ans.
Les droits de succession et droits de donation se calculent uniquement sur la fraction transmise : nue-propriété si le donateur se réserve l’usufruit, usufruit si c’est l’inverse. Le donataire bénéficie ensuite de l’abattement fiscal selon son lien de parenté avec le donateur (100 000 € pour un enfant, 31 865 € pour un petit-enfant, etc.). Le taux marginal varie de 5 % à 45 % en ligne directe, après abattement. Un acte notarié est obligatoire pour constater la donation et la publier au service de la publicité foncière en cas d’immeuble, avec des règles similaires à celles du contrat de prêt familial sans intérêt.
| Âge de l’usufruitier | Valeur usufruit | Valeur nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| De 21 à 30 ans | 80 % | 20 % |
| De 31 à 40 ans | 70 % | 30 % |
| De 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| De 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| De 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Avantages fiscaux et patrimoniaux de la donation d’usufruit
La donation avec démembrement présente trois avantages majeurs. D’abord, elle réduit l’assiette taxable : transmettre uniquement la nue-propriété quand l’usufruit vaut encore 40 % ou 50 % du bien permet d’économiser des droits de donation immédiats. Ensuite, elle anticipe la succession : le remembrement (réunion automatique de l’usufruit et de la nue-propriété) au décès de l’usufruitier s’opère sans taxation supplémentaire. Le bien sort définitivement de la succession du donateur.
Enfin, elle offre une souplesse patrimoniale : le donateur conserve la jouissance du bien ou son revenu, ce qui évite tout appauvrissement. Les revenus locatifs ou les dividendes continuent d’alimenter son train de vie, tandis que la transmission patrimoniale est déjà actée. Pour les gros patrimoines, l’usufruit temporaire sur des biens imposables à l’IFI permet de sortir une part importante de l’assiette taxable pendant plusieurs années.
Remembrement et extinction de l’usufruit
L’extinction de l’usufruit intervient au décès de l’usufruitier, à l’expiration du terme fixé (usufruit temporaire) ou en cas de renonciation. Le nu-propriétaire récupère alors la pleine propriété automatiquement, sans acte ni formalité fiscale si l’usufruit était viager.
La donation d’usufruit, qu’elle soit viagère ou temporaire, constitue un levier puissant pour préparer sa transmission patrimoniale et prendre les décisions clés avant 70 ans tout en gardant le contrôle de ses biens. Les sept exemples présentés montrent la variété des montages possibles : protection du conjoint, soutien aux enfants, optimisation de l’IFI, philanthropie. Chaque situation nécessite un conseil personnalisé auprès d’un notaire pour sécuriser l’acte et anticiper les conséquences juridiques et fiscales à long terme.
